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1 CONSERVATION Combattre les risques propres au stockage

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1 CONSERVATION Combattre les risques propres au stockage

Quatre personnes et deux heures de travail : 100 m de barrière étanche posée, si les plots de fondation des piquets sont préparés à l'avance. (Doc. Ethis.)

Le stock d'un musée est confronté à trois risques principaux : le vol, l'incendie et l'inondation. Un certain nombre de solutions peuvent être déployées contre chacun d'entre eux.

Les œuvres stockées du Louvre (au nombre de 350 000 environ) sont dans des locaux particuliers, confrontés à trois risques majeurs : l'inondation, l'incendie et le vol. Les mesures techniques que l'on peut mettre en place diffèrent selon qu'il s'agit d'un bâtiment récent, conçu et construit pour être un musée, ou bien d'un bâtiment historique. Dans le premier cas, il est simple d'utiliser des matériaux incombustibles, de sécuriser les accès, de choisir l'implantation en fonction des risques d'inondation, de concevoir rationnellement les espaces, d'installer les ouvrages techniques avec tout l'espace nécessaire à leur maintenance, etc. Dans le cas d'un bâtiment historique, le bâtiment lui-même constitue un facteur de risque aggravant : construit à l'aide de matériaux combustibles, circulations mal adaptées au mouvement des œuvres entre réserves et espaces d'exposition, réserves en sous-sol, difficultés d'implantation des installations techniques, bâtiments souvent érigés à proximité immédiate de fleuves ou de grandes rivières, etc.

Contre l'inondation : les ouvrants étanches

Contrairement à l'incendie ou au vol, l'inondation est prévisible quelques jours à l'avance. Le délai disponible pour agir se compte en dizaines d'heures. Au musée du Louvre, un plan de réaction contre les inondations a été mis au point. Il se déroule sur 72 heures et comporte trois chapitres : retarder ou empêcher l'envahissement du musée par les eaux, mettre les collections en sécurité, préserver les équipements techniques pour permettre un redémarrage de l'activité le plus rapidement possible après le reflux. Trois solutions matérielles de protection existent. La première - la pose de fenêtres et portes parfaitement étanches, résistantes aux chocs et à la pression - est une solution permanente qui ne requiert aucune action spécifique en cas d'inondation, sauf celle de fermer les fenêtres. La seconde, la pose de barrières étanches amovibles, ainsi que la troisième, la pose de coussins étanches, doivent être activées lorsqu'une inondation est annoncée. Des fabricants allemands se sont spécialisés dans les portes et fenêtres anticrue. Par exemple, ACO propose sa gamme Therm en 9 dimensions standard (125 x 100 à 75 x 50) mais qui peut être réalisée en d'autres tailles sur commande. Selon le fabricant, cette fenêtre demeure parfaitement étanche jusqu'à une « profondeur » de 1 m d'eau. C'est-à-dire une hauteur d'eau de 1 m au-dessus du dormant supérieur de la fenêtre. Jusqu'à 1,4 m de profondeur, un léger suintement peut apparaître, au-delà le fabricant estime qu'elle demeure efficace, mais sans garantir sa performance. Outre ACO, Mea Bausysteme, Roro Türen Fenster, Wolfa Friedrich Wolfarth, Internorm Fenster et Anrin Anröchter Rinne GmbH proposent des fenêtres et des portes étanches. Pour les grandes ouvertures, mieux vaut penser aux barrières étanches amovibles. Elles sont notamment proposées par le suisse Wasto, l'allemand Husemann & Hücking ou le français Esthi. Il s'agit de barrières rapportées à l'extérieur des portes et des fenêtres ou érigées en pourtour du bâtiment. Sur les ouvrants, elles se composent de deux glissières montées en applique ou en tableau sur les parois, de part et d'autre de l'ouverture à protéger. Devant une porte avec un perron ou devant un escalier descendant, l'ouvrage comporte trois faces avec deux glissières en applique et deux doubles glissières en piquet.

Coussins gonflables d'obturation

En pourtour du bâtiment, il faut prévoir des fondations en béton sur lesquelles sont vissés des piquets. L'intérieur des glissières est tapissé d'un joint d'étanchéité. Des profilés d'acier, comportant un joint en partie basse, sont enfilés entre les deux glissières et verrouillés en place par un élément terminal. Le nombre de profilés dépend de la hauteur de protection souhaitée. Leur longueur maximale n'a pas vraiment de limite et dépend de la résistance mécanique des glissières et de la force du courant à combattre. Les fabricants proposent des abaques pour le calcul. La mise en œuvre est rapide : Esthi indique qu'il faut 2 heures et quatre personnes pour poser une barrière étanche de 100 m de longueur et de 1,5 m de hauteur, réalisée à partir de son système standardisé IBS. Dans le cas où il n'est pas possible de fixer les glissières sur le bâtiment, la marque propose des coussins d'obturation gonflables. Ils s'appliquent contre l'ouverture à protéger, sans aucune fixation, et se gonflent en appui sur le pourtour de l'ouverture.

Vol : restreindre les accès, contrôler les œuvres

Pour combattre les vols, deux grandes mesures techniques peuvent être déployées : contrôler les accès et la position géographique des œuvres. Restreindre les accès commence par la pose de serrures correctes et la gestion attentive des clefs. Depuis 1999, la Direction des musées de France édite une fiche technique à ce propos et rappelle que l'essentiel des vols dans les musées s'effectue par effraction des portes d'entrée. La fiche technique « Serrures », donne une liste des types de serrures, des fabricants et modèles considérés comme sûrs et dont les clefs sont difficilement reproductibles. Elle recommande principalement les serrures à cylindre rapporté et profil européen. Ensuite, il faut installer des détecteurs anti-effraction, puis gérer les autorisations d'accès. Cela signifie identification individuelle des personnes autorisées à l'aide de badges (RFID, etc.) et vérification de l'identité des porteurs de badges, pour s'assurer que le badge est bien présenté par la personne à laquelle il a été délivré et non par une personne qui l'aurait subtilisé. La méthode de vérification la plus efficace associe détection du badge et reconnaissance biométrique : contrôle de l'iris, des empreintes digitales. Un tel système est entièrement automatique. Pour contrôler les œuvres, il faut combiner une étiquette émettrice posée sur chaque objet, une centrale de réception détectant les mouvements et une application informatique de supervision capable de vérifier si le déplacement de telle œuvre est autorisé, à quelle date, sur quel parcours, etc. L'entreprise française TAG Technologies a développé un système de ce type en collaboration avec le LAAS-CNRS. Il a été utilisé pour protéger l'exposition Manet-Picasso au musée d'Orsay. Selon la Direction des musées de France, les deux principales causes d'incendie dans les musées sont le court-circuit et les « travaux par point chaud ». Contre le court-circuit, il faut réviser régulièrement l'installation électrique et éviter de la surcharger au-delà de ce que son dimensionnement autorise.

Incendie : détecter et éteindre, sans endommager

Les « travaux par point chaud » sont toutes les opérations du type soudage à l'arc (projection d'étincelles) et tous les travaux avec apport de flammes, de chaleur ou d'étincelles. Ils sont soumis à un « permis de feu » dans tous les établissements relevant du ministère de la Culture, dont les musées. Ce permis est établi pour la durée des travaux par point chaud, avec renouvellement journalier. Sa signature engage les parties : donneurs d'ordre, entreprise, ouvrier, service de sécurité. Le document décrit le travail à effectuer, sa localisation précise, les horaires de début et de fin, les personnes chargées de le réaliser, les risques signalés, les moyens de protection, d'alerte et de secours prévus, etc. Il a pour but de faire en sorte que toutes les précautions soient prises contre les départs de feu. Néanmoins, si cela intervient, les risques d'incendie peuvent être fortement réduits par l'installation d'un système de sprinklers. Cette solution est souvent rejetée par crainte des dégâts des eaux sur les collections. L'extinction automatique à micro-brouillard offre une alternative. Elle fonctionne à une pression très élevée et décharge dans toute la pièce un brouillard ressemblant à de la brume. Quelques litres d'eau suffisent pour maîtriser un incendie. Le micro-brouillard combat les feux par refroidissement, par déplacement d'oxygène et par une réduction des transferts de chaleur entre les flammes et les objets adjacents.

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