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1 Conception Une recherche de qualité et d’accessibilité

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1 Conception Une recherche de qualité et d’accessibilité

Chaque édifice ancien reconverti en commerce des Docks Vauban du Havre (76) est innervé dans le sens longitudinal par une large rue qui distribue les boutiques de part et d’autre. (Doc. Carol Maillard.)

Évoluant au gré des besoins des usagers et des communes, les centres commerciaux nouvelle génération privilégient une architecture de qualité basée sur l’apport de lumière naturelle, l’accessibilité à tous et l’insertion dans le paysage.

Le centre commercial regroupant plusieurs commerces sur un même lieu fait son apparition aux États-Unis au début du xx e siècle et prend place en périphérie. Jusqu’à la fin des années 60, la France n’est équipée que de galeries commerciales. Ce n’est qu’à partir de 1969, que les premiers centres de ce genre, issus du modèle américain, sont érigés, comme ceux de Parly 2 au Chesnay (78) et du Cap 3 000 à Saint-Laurent-du-Var (06), par exemple. Suivra une vague de constructions en Région parisienne, dans les cinq villes nouvelles notamment.

Aujourd’hui, si le centre commercial de périphérie perdure, il évolue au fil des besoins des usagers et des politiques d’urbanisme menées par les Villes. L’équipement isolé et mal desservi est révolu, le centre commercial de périphérie étant désormais desservi par les transports en commun (bus, tramway, etc.). Les parkings aériens prolongeant les bâtiments commerciaux, ne se limitent plus à de simples dalles, mais font l’objet d’un traitement paysager soigné intégrant plantations et cheminements piétons.
Sur le plan de l’organisation des fonctions, deux typologies se dégagent : le centre commercial de périphérie et celui de centre-ville. Pour l’équipement de périphérie, le cas courant demeure celui d’un centre doté de plusieurs accès ouvrant sur une circulation qui chemine et distribue surfaces de vente, cafétéria et hypermarché. Les réserves et locaux techniques sont en général placés en sous-sol, avec le parking enterré éventuel.
L’autre configuration fréquente est la double rue intérieure ou mail qui distribue, de part et d’autre d’un vide central, sur plusieurs étages, des commerces accolés et complétés par un supermarché. Le centre commercial et de loisirs du quartier Confluence à Lyon (69), se déployant sur 53 000 m 2 Hors œuvre nette (HON), en fait partie.

Recréer des passages couverts et des rues

Conçu en 2011 par l’architecte Jean-Paul Viguier pour Unibail-Rodamco, l’ouvrage est fendu de deux circulations longitudinales qui bordent un vide central à trois hauteurs. L’ensemble comprend 102 commerces, 17 restaurants et un multiplexe de 17 salles. L’édifice est couvert par une série de voûtes en coussins d’ETFE (Éthylène tétrafuorétylène) qui sert de mégapuits de lumière éclairant naturellement les espaces. Accessible par le tramway, cet édifice spectaculaire, qui borde la Saône et fait face à un nouveau quartier d’habitations, est un élément majeur d’animation urbaine du site en mutation.
Ce système d’organisation peut être transcrit dans la reconversion de bâtiments anciens, à l’instar des Docks Vauban du Havre (76), un projet de rénovation-extension transformé en pôle de commerces, de loisirs et de culture de 68 176 m 2 HON, orchestré par les architectes Reichen & Robert de 2002 à 2009. Il a consisté à réhabiliter plusieurs anciens entrepôts douaniers (1834) en y dessinant, à l’intérieur des imposants volumes, des rues longitudinales qui desservent 50 magasins, 9 restaurants et des cafétérias. Ces rues sont coiffées de verrières à deux pentes qui inondent de lumière du jour les espaces et ne sont pas sans rappeler le modèle des passages couverts parisiens du xix e siècle. De plus, ces édifices sont ponctués et percés de passages transversaux donnant accès aux quais des bassins. Sur ce bâti ancien, sont également greffés trois édifices neufs, deux parkings silos (1 087 places) et un multiplexe (12 salles) élargissant l’offre globale, pour créer un véritable morceau de ville. Cette opération a valeur de symbole, puisque c’est « le seul ensemble urbain historique qui a survécu aux démolitions de la guerre », selon les architectes.
Un autre exemple du même genre est le centre commercial de la caserne de Bonne qui, édifié en 2010 par l’agence d’architecture Groupe-6 pour Soderip, est implanté près de Grenoble (38) sur une friche militaire de 8,5 ha.

Démarche environnementale intégrée

La halle compte cinq volumes séparés par des mails traversants ou failles, créant une perméabilité avec l’ensemble du quartier où sont mixées plusieurs fonctions. Haute de 12 m et dotée de multiples entrées et de rues ouvertes, la halle a un rôle d’insertion urbaine car elle relie les quartiers nord et sud de la ville. Intégré dans un éco-quartier, le projet fait l’objet d’une approche bioclimatique s’appuyant sur le choix de matériaux naturels et durables, et sur une maîtrise des énergies. D’où l’emploi de 1 500 m 2 de pin Douglas en charpente et support de couverture, en vêture de façade (claustras) et en parois intérieures, la structure de l’édifice comprenant des poteaux-dalles en béton. Les bâtiments sont couverts de sheds vitrés intégrant 1 000 m 2 de cellules photovoltaïques, les toits végétalisés régulant les eaux pluviales. Le volume « tempéré » de la halle, ni chauffé, ni climatisé, bénéficie de façades isolées et protégées du soleil par des vitrages à facteur solaire élevé et une occultation réduisant les déperditions caloriques. En hiver, les sas des entrées nord limitent les courants d’air, tandis qu’en été, le mail ouvert ventile les espaces. Ce projet performant a reçu le Prix national éco-quartier 2009 et le Trophée des SIIC « Ville et avenir » du Simi 2010.
Par ailleurs, un autre mode d’organisation spatiale s’est développé ces dernières années. À savoir le concept de surfaces de vente donnant directement sur une rue extérieure - à l’image des commerces de centre-ville - et ouvrant sur une aire centrale paysagère. C’est le cas du « shopping parc » de la ville nouvelle de Sénart (77) conçu en 2008 par l’atelier d’architecture Valode & Pistre. Il complète le centre commercial Carré Sénart 1 édifié en 2002 par l’architecte Jean-Paul Viguier. À l’inverse de ce dernier, organisé autour d’une double circulation, « le principe du pignon sur rue avec accès direct aux commerces et absence d’espace commun de desserte » a été retenu.

Greffe d’un programme associé

Il s’agit de créer une « farandole de boutiques » en forme de « guirlande » qui, se déroulant en arc de cercle le long d’une voie piétonne, est surmontée d’une « tonnelle » en charpente métallique couverte de plaques de copolymère sérigraphié. En complément, un programme de loisirs réunit un bowling, un cybercafé, un centre de balnéothérapie, un mur d’escalade, et des « guinguettes » essaimées le long de la berge du canal. L’aspect convivial et « ludique » du lieu, appelé « fun shopping » aux États-Unis, est vraiment mis en avant. De plus, la valorisation d’espaces verts aménagés, relayée par l’intégration d’une démarche environnementale responsable, devient presque banale.
Il en est ainsi du parc commercial Green Center de Seclin au sud de Lille (59), édifié en 2012 par l’agence d’architecture Arep/J.-M.Duthilleul et E.Tricaud. Initié en 2004 par la Foncière Frey, le concept écologique de « Retail Park » se fonde sur une conception durable et une évolution des usages. Le parc de 18 200 m 2 se déploie à partir d’une rue piétonne centrale (9 m) courbe, partiellement couverte par des auvents en textile. Ce cheminement, qui dessert commerces et restaurants, est relié à une rue est-ouest en liaison avec un parking. Les édifices sont accompagnés de jardins et espaces verts. La ventilation naturelle des espaces est assurée par des « tours à vents », dispositif de rafraîchissement de l’air des magasins. L’air arrivant du sud-ouest est filtré par des arbres puis, rafraîchi par un bassin, il pénètre dans le bâtiment par des prises d’air placées en façade. Il vient ensuite refroidir la dalle de l’édifice avant de s’évacuer par les bouches de la cheminée. Enfin, la lumière naturelle pénètre abondamment dans les volumes, par les vitrines des commerces et les façades extérieures parées de polycarbonate.

N°319

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