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« Le process de travail va s’en trouver bouleversé »

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David Ernest, directeur innovation et énergie de Vinci Facilities

© Doc. C.Doutre

La possibilité de disposer d’un avatar du bâtiment offre des possibilités d’optimisation considérables de son exploitation. David Ernest, directeur innovation et énergie de Vinci Facilities, explique l’impact du BIM dans les métiers du facility management.

Les Cahiers techniques du bâtiment : Vous utilisez depuis début 2015 une maquette numérique sur le site de l’entreprise Thales, à Vélizy. Qu’est-ce que cela change ?

David Ernest : Jusque-là, quand une demande d’intervention était adressée à un technicien de maintenance, son premier réflexe était d’aller voir sur place. Localiser le problème était déjà une tâche en soi. Surtout sur un site qui fait 49 000 m2 et compte 2 300 postes de travail. S’il allait sur place, c’était bien sûr pour comprendre la panne, mais aussi, tout simplement, pour identifier l’équipement. Il revenait ensuite dans son service pour consulter la documentation technique et prendre une éventuelle pièce de rechange. Aujourd’hui, le réflexe du technicien est d’aller voir dans la maquette où le problème est localisé, quel est l’équipement incriminé et quelles sont ses caractéristiques. Cela ne remplace pas l’intervention technique sur l’équipement, mais la recherche d’informations est considérablement facilitée, et le gain de temps est notable.

CTB : Quelles données sont-elles nécessaires pour que l’on puisse utiliser la maquette en exploitation ?

DE : Nous avons identifié quatre besoins principaux. Le premier est le niveau de détail. Sur les lots techniques, nous avons besoin d’un LOD 350 pour les installations techniques, mais pas plus. Sur ce point, on peut assez aisément récupérer les informations de la maquette d’exécution. Notre deuxième besoin est de caractériser les fonctions des équipements et des réseaux. En conception, ce qui passe dans un tuyau n’a pas à être spécifié. L’important, c’est que les tuyaux sont bien branchés. En exploitation, nous avons besoin de savoir quel fluide y circule : eaux chaude, froide ou adoucie, circuits aller, retour… Le troisième besoin, ce sont, outre les caractéristiques techniques des équipements - puissance, rendement, source d’énergie, fluides frigorigènes… - des informations telles que la date de mise en route. Ces données sont toutes présentes dans le DOE, mais elles sont dispersées. Pour que la maquette soit utilisable en exploitation, il nous faut donc réaliser un extrait de ces éléments. Enfin, le dernier besoin consiste à nommer les locaux et leurs fonctions.

CTB : Est-il possible que toutes ces données soient intégrées a posteriori dans la maquette ?

DE : L’idéal est que, au court du projet, celui qui possède l’information la renseigne dans la maquette. Retrouver les données quand le chantier est terminé et enrichir la maquette a posteriori coûte beaucoup plus cher. On n’est pas sûr que cela soit rentable. Il faut donc spécifier nos besoins dans la convention BIM contractualisée en début de projet.

CTB : La réception d’un bâtiment impliquera-t-elle bientôt la vérification de la maquette ?

DE : Oui, et même plus. L’exigence sur la qualité du DOE va augmenter considérablement : en qualité et en délai de mise à disposition. Il n’y a pas mieux pour vérifier la qualité du DOE que d’utiliser la maquette en exploitation. À condition que l’exploitant en dispose dès réception du bâtiment et pas trois à six mois après comme cela se fait actuellement. On peut même envisager qu’il y ait une garantie de parfait achèvement pour la maquette au même titre que pour le bâtiment.

CTB : Est-ce que cela change les compétences métiers des équipes d’exploitation ?

DE : Les compétences techniques seront toujours requises. Il faudra juste former les techniciens à l’utilisation de l’outil maquette. Mais ce ne sera qu’un outil de plus. Et les logiciels vont encore gagner en convivialité. En revanche, c’est le process de travail qui va s’en trouver bouleversé, comme c’est le cas aujourd’hui. Il faudra une fonction de BIM manager en exploitation pour gérer les données de la maquette en lien avec la GMAO et la GTB. On peut aussi imaginer le métier de projeteur BIM en charge de dessiner dans la maquette les modifications réalisées sur le bâtiment pour que celle-ci reste à jour. La maquette, c’est la base de données dont on va extraire les informations qui seront ensuite exploitées par les systèmes métiers : gestionnaire d’énergie, GMAO, GTB, space planning. Il est donc primordial qu’elle reste à jour et fiable.

N°350

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