« La technologie pour augmenter notre liberté de création »

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© Doc. F. Cingolani

On peut constater - et c’est d’autant plus flagrant ces derniers mois - que le mot BIM, comme les discours qui l’accompagnent, sont générateurs d’un certain stress chez les concepteurs. Un stress en partie justifié par la nécessité de mettre à jour ses compétences et ses équipes, ce qui implique des investissements financiers et humains importants. C’est une nécessité, dans la mesure où la maîtrise d’ouvrage devrait intégrer progressivement la maquette numérique dans ses appels d’offres. Mais d’autres préoccupations plus profondes se cachent aussi derrière le fantasme du BIM, et ceci est particulièrement vrai pour les architectes. Disons-le tout net : nous avons peur que le BIM nous dépossède de notre créativité, de notre imagination, de ce qui fait la spécificité de notre métier. Nous redoutons que l’architecture laisse la place au profit, à la standardisation, à la production brute.
Cette crainte d’une architecture moins libre en raison du développement technologique n’est pas sans précédent dans l’histoire et il convient d’en faire une analyse objective pour la démystifier et ensuite avoir une approche constructive (et créative !).
Car si le numérique est bel et bien une révolution technologique et culturelle de notre société, le BIM ne concerne qu’un aspect précis des métiers du bâtiment : celui de la gestion du projet. Il propose d’optimiser le processus managérial par une gestion plus collaborative des différentes compétences impliquées et par le partage d’une seule maquette numérique capable de centraliser les informations. En cela, il doit aider à transformer un projet en bâtiment, à en gérer le chantier et l’ensemble du cycle de vie.Qu’en est-t-il néanmoins de la création, de la composante artistique de l’architecture ? Le numérique peut-il ouvrir de nouveaux horizons dans la phase de conception et de génération de formes et de projets ? La réponse est évidemment affirmative, et les artistes plasticiens ainsi que certains ingénieurs ont d’ores et déjà intégré le numérique à leur pratique. Pour ce qui concerne les architectes, nous devons veiller à ce que l’urgence de la transition du BIM ne nous détourne pas du principal intérêt des technologies : celui d’augmenter notre liberté de création et de favoriser la conception d’architectures de meilleure qualité.
Les algorithmes sont des instruments à notre service, plus facile d’accès et plus puissants que jamais : à nous de les maîtriser pour les orienter et les développer en fonction de notre pensée architecturale.
Le mouvement international autour de l’architecture paramétrique développe une approche capable de générer des formes complexes et non-standard avec des possibilités pratiquement illimitées. Par exemple, il est extrêmement facile aujourd’hui d’introduire dans ses formes des data structurelles, environnementales et programmatiques. De paramétrer nos propres outils, nos codes, nos logiciels, nos machines et nos robots afin de pouvoir explorer des nouveaux domaines du possible.
Plus important encore, nous pouvons aujourd’hui construire ce qu’il était extrêmement cher, voire impossible de construire, il y a dix ans. La fabrication numérique, la robotique, l’impression 3D à grande échelle, les fablabs etc. ne sont que des instruments que nous devons nous approprier et des exemples qui témoignent des capacités de création inédites dont les nouvelles technologies sont porteuses.
Ces nouvelles formes de créativité ne se centreront plus tant sur l’objet que sur le processus génératif qui le précède. Or à qui revient-il d’orienter et de programmer l’évolution des technologies de création architecturale, avec un regard critique et une sensibilité à la fois artistique et technique, si ce n’est à l’architecte lui-même ?

N°352

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