Interview

« L’une des problématiques est la réservation d’ouvrants pompiers »

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MICHEL COSSAVELLA est directeur «clos couvert» au Centre scientifique et technique du bâtiment (CSTB). Il est notamment chargé de l’étude et la validation des appréciations techniques d’expérimentation (Atex), que de nombreux façadiers sollicitent dans le cadre de la mise en œuvre de doubles peaux.

Conception

À quoi les façades double peau servent-elles ?

Les doubles peaux jouent clairement un rôle esthétique ; elles permettent de créer des façades vitrées intégralement, tout en assurant une protection acoustique et thermique. Avec une simple peau, on obtient 35 dB d’atténuation ; avec une double, 55 dB environ. Bien sûr, il faudra prévoir des solutions pour piéger le son, comme des chicanes au sein de la façade. Pour le siège social d’Ipsos [dans le 13e arrondissement de Paris, ndlr], qui donne sur le périphérique, la double peau du bâtiment a permis d’assurer son isolement du bruit du trafic.

La terminologie « façade double peau » s’applique à de nombreuses solutions. De quoi parle-t-on précisément ?

La rédaction du guide consacré aux façades multiples double peau que nous avons réalisé dans le cadre du programme Rage (*) a été l’occasion pour nous de différencier, au sein des façades légères qui constituent la famille générique, les façades multiples et celles multiparois (voir schéma ci-dessus). Les premières sont, en quelque sorte, une somme de façades, souvent deux, chacune possédant une ossature indépendante. Les façades multiparois, elles, font appel à une unique ossature support.

Quelles sont les contraintes de conception ?

Tout d’abord, les pressions que le vent exerce sur chaque peau diffèrent. Mais, contrairement à ce qu’intuitivement on pourrait imaginer, il suffit de peu d’ouvertures dans la première peau pour que l’essentiel de la pression s’exerce sur la deuxième peau. L’annexe A du guide Rage mentionne les pressions à prendre en compte pour le dimensionnement des deux peaux. Ensuite, du point de vue sismique, le principe retenu consiste à étudier chaque peau séparément. Nous avons repris les exigences concernant les façades simple peau. Enfin, la lame d’air peut favoriser la transmission du feu entre les étages. En cas d’exigence réglementaire de C+D relative à l’immeuble, il faut prévoir un recoupement à chaque étage avec une évacuation des fumées. Une discussion est en cours sur la fameuse IT 249 (instruction technique 249, relative aux dispositions anti-incendie, ndlr) qui traitera des façades double peau. La dernière version date de 2012. Mais le traitement des façades en bois n’est pas tout à fait satisfaisant et les doubles peaux ne sont pas prises en compte. Nous avons donc remis l’ouvrage sur le métier avec une contrainte supplémentaire : la simplification des textes réglementaires. Il faut donc rappeler les exigences sans aller trop loin. L’une des problématiques délicates réside dans la réservation d’ouvrants pompiers. Ceux-ci doivent toujours être présents sur la façade la plus accessible, qui est souvent la plus visible. Il faut donc concilier esthétique et sécurité.

Quelle température la lame d’air peut-elle atteindre ?

La lame d’air peut atteindre 75°C. Il faut donc valider une conception qui évite ces trop fortes températures et, dans le même temps, choisir des matériaux qui y résistent sur la durée. La ventilation naturelle peut ne pas suffire à faire baisser la température. On peut recourir à une ventilation mécanique. Habituellement, les produits de façades sont testés jusqu’à 60°C « seulement ». Le vieillissement des vitrages est un problème. D’ailleurs, à l’origine, le concept de paroi respirante avait pour but d’augmenter la durée de vie des vitrages isolants.

SYSTÈMES ACTIFS

Quelles sont les nouvelles fonctions imaginées ?

Il existe des solutions incluant des éléments producteurs d’énergie dans la peau extérieure, comme des pare-soleil photovoltaïques. Mais la plupart des projets sont en phase de R&D comme SymBio2 de l’agence d’architecture XTu, qui a développé un concept avec des lames d’eau de quelques centimètres dans lesquelles sont cultivées des microalgues (lire Les Cahiers techniques n° 323, p. 7). La tendance est d’intégrer une fonction pare-soleil. Actuellement, la peau extérieure est le plus souvent en verre attaché (VEA) ou collé (VEC). La réponse initiale au problème de surchauffe était l’intégration de vitrages à couches faiblement émissifs. Maintenant, il s’agit plutôt de brise-soleil. Cela amène une diversité de matériaux : aluminium, terre cuite, etc.

Entretien-Rénovation

Comment nettoie-t-on les deux peaux ?

La problématique tient à l’accès à la lame d’air, en particulier dans une double peau très étroite. L’entretien est du même ordre que pour les façades légères. Le caractère salissant de l’ouvrage dépend aussi de sa ventilation. S’il y en a trop peu, il existe un risque de condensation et donc, d’apparition de moisissures. S’il y en a trop, des poussières se déposeront. Comme souvent, un juste équilibre doit être trouvé.

Peut-on rénover ces façades ?

Je n’ai pas d’exemples concrets de rénovation de doubles peaux car cette conception est encore récente en France. Dans le cas des tours de La Défense, dont l’essentiel était en simple peau, il y a un tel écart de performances entre les solutions mises en œuvre il y a trente ans et les exigences actuelles que, de toute façon, la seule solution consiste à déshabiller les immeubles et à installer des façades neuves. Concernant les doubles peaux, j’imagine que la peau qui vieillira le plus sera celle extérieure. Pour le VEA, il faudra alors remplacer la façade. Dans tous les cas, il faudra veiller à ce que la structure résiste à la charge de la nouvelle peau.

Prospective

Quelles sont les évolutions actuelles ?

La maîtrise d’œuvre recourt à des solutions double peau pour des contraintes esthétiques ou acoustiques. Sinon, elle préfère les façades multiparois, moins chères. Sans surprise, ce sont donc ces produits, industrialisés, qui font l’objet d’innovations. Les industriels tendent à en faire des solutions performantes et faciles à mettre en œuvre.

N°340

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