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« L’éclairage ne doit plus être le parent pauvre du bâtiment »

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« L’éclairage ne doit plus être le parent pauvre du bâtiment »

Alors que notre pays s’est engagé à marche forcée dans la rénovation thermique de ses bâtiments, il peine à réussir sa transition énergétique dans le domaine de l’éclairage. Pourtant, l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie [Ademe] rappelle régulièrement que 30 à 50 % des consommations d’électricité y afférentes peuvent être économisées dans les secteurs tertiaire et public, et que des solutions d’amélioration matures, qualitatives et respectueuses de l’environnement existent ! Il doit donc bien y avoir des raisons à cela…
Depuis quelques années, le marché de l’éclairage tertiaire ou industriel a été investi par des entrants attirés par l’eldorado supposé des leds. Virtuoses du tableur plutôt que réels experts techniques, ces vendeurs - le plus souvent importateurs - résument leur argumentation à une rentabilité soi-disant extrêmement rapide de leurs articles et l’énoncé de garanties flatteuses mais invérifiables, la qualité d’éclairage passant au second plan. Pour la dimension conseil chère aux puristes de la vente, on repassera… Harcelés par ces bataillons de fournisseurs proposant des solutions simplistes à bon compte, de nombreux maîtres d’ouvrage prennent peur et reportent leurs décisions d’achat.
Il est vrai que les incitations publiques à rénover ne sont guère alléchantes. Que dire, ainsi, des certificats d’économies d’énergie [CEE], pour lesquels moins de 1 % des opérations de travaux enregistrées depuis l’origine du dispositif ont concerné l’éclairage [contre 87 % pour le chauffage et l’isolation], selon le dernier tableau de bord publié par le ministère de l’Ecologie ? Alors que l’éclairage représente en France 20 à 30 % de la consommation d’électricité dans le tertiaire, cette disproportion est criante. Il est grand temps d’agir pour que l’éclairage ne soit plus le parent pauvre du bâtiment.
Sensibiliser les prescripteurs et les utilisateurs à la qualité d’éclairage est une priorité. Des conférences thématiques, des rapprochements professionnels avec les architectes, les designers et les usagers rendent plus concrètes les spectaculaires avancées technologiques en éclairage public, tertiaire et commercial. En août par exemple, des entreprises membres du cluster Lumière ont mis en lumière le pavillon France au congrès mondial de l’Union internationale des architectes à Durban [Afrique du Sud], afin de montrer à ces professionnels combien l’éclairage compte dans tout projet architectural.
Auprès des installateurs électriciens, dont très peu connaissent les caractéristiques des leds, contribuer à faire émerger une offre de formation professionnelle est devenu essentiel, même si l’éclairage ne figure pas encore au programme des formations obligatoires des artisans pour bénéficier de la nouvelle mention “RGE” [“Reconnu garant de l’environnement”, ndlr]. Étape importante de cette démarche, l’État vient de reconnaître le mastère spécialisé en éclairage urbain de l’institut national des sciences appliquées (Insa) de Lyon, qui accueille ses premiers élèves depuis cette rentrée.
Le meilleur éclairage est celui qui se voit. Il faut donc que des projets concrets prouvent in situ, au plus grand nombre, l’efficacité réelle des nouvelles technologies. Des démonstrateurs d’éclairage public ont été déployés dans plusieurs communes, avec à la clé de réelles économies d’énergie consécutives à la mise en place d’équipements et de systèmes de gestion performants.
L’importance de valoriser les produits de qualité et l’absence de normalisation de la technologie led ont suscité la création d’un laboratoire indépendant de portée nationale et européenne, Piseo [Plateforme nationale d’innovation mutualisée de la filière éclairage, ndlr], dédié à la mesure d’éclairage led. Un jour prochain, Piseo s’installera au centre d’innovation scientifique et technique collaboratif “Lumen, cité de la lumière”, en projet à Lyon. Celui-ci regroupera alors une offre complète, en réseau, de laboratoires, de centres techniques, d’industriels, travaillant avec l’ensemble des acteurs de la filière pour accélérer l’innovation et renforcer la compétitivité, condition sine qua non du développement d’une filière éclairage française, et même européenne. Fédérer les savoir-faire est le seul moyen de soutenir le développement des entreprises de notre filière, hautement créative mais encore trop souvent laissée… dans l’ombre.

N°336

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