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« Concevoir un projet durable nécessite le temps de la confrontation des savoirs »

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« Concevoir un projet durable nécessite le temps de la confrontation des savoirs »

Les objectifs sont clairs : il faut construire des bâtiments à la fois durablement confortables, sains, agréables, économes, spacieux, beaux, adaptables, soucieux de l’environnement, recyclables… et raisonnables quant à leurs coûts. Voici le "Y’a qu’à" dévolu aux acteurs du bâtiment. Il est banal mais utile de rappeler que ce résultat n’est pas envisageable, si la chaîne de ces acteurs comporte ne serait-ce qu’un seul maillon faible. Cette évidence rencontre souvent un accueil favorable, pourtant il reste à surmonter les inerties et les habitudes pour faire évoluer concrètement la manière de faire. Un tout récent article d’Alain Maugard intitulé "Passons d’un mode de travail séquentiel à un mode collaboratif" [*] vient en écho à mon propos.
La confrontation des savoir-faire doit se substituer au traditionnel mode séquentiel fait d’ajouts successifs des "compétences" : d’abord le programmiste, puis l’assistant au maître d’ouvrage, l’architecte, les ingénieurs, les différentes entreprises, les exploitants, sans oublier… les usagers. Certaines opérations réalisées en conception-construction montrent que la confrontation ne mène pas automatiquement au conflit. Elle aboutit même, parfois, à des succès impensables.
Pour mobiliser, organiser et superviser, la question du leadership ne devrait pas se poser. Par définition, l’architecte est [ou devrait être] l’unique chef d’orchestre. Et par là même, sa mission ne devrait effectivement plus s’arrêter à la livraison de plans ou du bâtiment, comme le souligne pertinemment Cyril Trétout à cette même tribune, dans le numéro de septembre. Si l’architecte est le maître d’œuvre, le chef d’orchestre, il ne doit pas craindre de prendre conseil auprès des ingénieurs très en amont du projet. Dès la lecture du programme, dès l’esquisse, c’est selon. Aussi faut-il solliciter ces ingénieurs qui risqueront d’être surpris d’avoir à fournir de la valeur ajoutée, alors que les plans ne sont pas encore sous leurs yeux. Culturellement, ils sont habitués à attendre ces plans pour faire leurs calculs… Ce séquençage dans la phase de conception, qui revient à plaquer de la technique sur de l’architecture, n’est plus adapté. La fin de l’ère du copier-coller approche. Ce syndrome lié à l’effondrement des honoraires des concepteurs rend incompatibles les pratiques actuelles aux objectifs dorénavant visés. Un bâtiment, un quartier durable s’élabore en prenant du temps. Il faut en finir avec le fantasme qui veut faire croire que la manière la plus efficace de travailler est de s’adapter au quotidien des médias, des "communicants", de la mode ou de la finance. Ceux-là évoluent dans une sphère de courts termes. Quand on conçoit et construit un objet censé avoir toutes les vertus durant quatre-vingts ans, il faut se presser lentement. Les itérations entre l’architecte et les ingénieurs seront nécessairement plus complexes. On ne devient pas plus intelligent par décret. Il faut plus de temps, plus de réflexions… plus d’honoraires. Peut-être que le BIM accélérera cette mutation. Ce n’est ni un discours syndical ni une défense corporative. Au contraire, il s’agit de préserver les intérêts de tous les acteurs, du maître d’ouvrage jusqu’à l’usager. Une hausse des honoraires peut se traduire par un coût de construction, honoraires compris, plus faible ; et ce, sans grever les marges des entreprises.
Chaque projet exprimera par son architecture et sa technique sa propre intelligence, et non des Post-it pour concours : fini le "passif" servi à toutes les sauces, au placard le "bioclimatique" copier-coller des années 1980, dépassé le "Bepos" sur uniquement les cinq postes de consommations de la RT !

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